André du Bouchet et
Pierre Tal Coat
La langue peinture

Du 17 novembre 2017 au 11 mars 2018.
Vernissage vendredi 17 novembre à 18h30.

L’exposition André du Bouchet et Pierre Tal Coat : La langue peinture s’inscrit dans un ensemble d’expositions à Cologne, Münich, Coutances, Paris, Kerguéhennec, Royan, Uzès et Aix-en-Provence (Fondation Saint-John Perse et Musée Granet) qui, d’avril 2017 à mars 2018, mettent en lumière des aspects chaque fois différents de l’œuvre de Pierre Tal Coat. Pendant cette « Année Tal Coat », rencontres et colloques (à Kerguéhennec et à Cerisy-la-Salle) se succèdent ainsi que les publications nouvelles et rééditions.

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Parmi les poètes du XXe siècle, André du Bouchet (1924-2001) est un inventeur, un créateur de formes comme le fut Stéphane Mallarmé au siècle précédent.

Sur la page, entre les mots d’André du Bouchet, l’espace joue un rôle essentiel. Le blanc, l’air font respirer les poèmes et il faut parfois de grandes enjambées pour passer d’un fragment à l’autre. C’est dans cette dynamique que se créent les rapports de sens, le dialogue du poète avec les choses vues et les interlocuteurs rencontrés.
La disposition des mots dans la page n’est pas un arrangement plastique, une recherche décorative ou purement intellectuelle. L’attention du poète à l’espace matériel de ses livres ne vise qu’à accompagner une sensation notée sur le vif dans un carnet, à retrouver dans sa fraîcheur un événement que la parole aura traversé. Parce qu’André du Bouchet connaît la typographie, il peut sortir de ses alignements contraints, aller dans les marges, un torrent est plus libre qu’un canal. Il peut déplacer les rives. Les intermittences sont les signes du vivant.

Il est naturel que le poète se soit tourné vers l’espace de la peinture et que la peinture ait inspiré nombre de ses textes. L’amitié avec de grands artistes l’a conduit à partager avec eux (notamment Alberto Giacometti, Pierre Tal Coat et Bram van Velde) la « fabrique » de « livres illustrés » qui ont marqué l’art et l’histoire de ces livres en France dans la seconde moitié du XXe siècle. Ainsi les trois principaux livres d’André du Bouchet et de Pierre Tal Coat, Sur le pas (Maeght éditeur), Laisses et Sous le linteau en forme de joug (ces deux livres édités par Françoise Simecek).
André du Bouchet avait rencontré Pierre Tal Coat en 1948, lorsque le peintre habitait Château Noir, dans les collines d’Aix-en-Provence. Jusqu’à la disparition de son ami (né en 1905, mort en 1985) mais aussi jusqu’à sa propre disparition, André du Bouchet n’a cessé de s’interroger sur l’aventure singulière de « ce si grand peintre ». Tous deux ont forgé (et avec le philosophe Henri Maldiney) une pensée et une expérience communes de la peinture et de la poésie. À tel point que, pour André du Bouchet, ces mots finissaient par se confondre – comme l’espace de Tal Coat et le sien, aux dires mêmes du poète. Une « langue peinture ».

Rappelons qu’André du Bouchet apposait ses pages (dactylographiées) aux murs de la pièce où il travaillait, à Paris ou à Truinas, dans la Drôme : il avait pour ainsi dire un atelier. Et, à vrai dire, un vaste chantier.
« Je suis peintre ! » disait-il en souriant à ses proches…

Dans son immense atelier de Dormont (non loin de Giverny), Tal Coat cherchait à retrouver un accord organique entre la peinture et la nature, entre le matériau de sa peinture et le monde environnant : des centaines de tableaux vivaient là, en attente…
Cette attention extrême, Tal Coat la portait à ses gravures et à ses livres. Sa collaboration avec l’Atelier de Saint-Prex, en Suisse romande, lui permettait de multiplier les essais, de corriger l’état d’une gravure, encore après en avoir donné le « Bon à tirer ». On pouvait dire « l’état final » seulement quand l’impression était menée à son terme…
C’est ainsi que le livre Laisses (Françoise Simecek éditeur, Lausanne, 1978) accorde des poèmes parmi les plus beaux d’André du Bouchet et des aquatintes colorées de Tal Coat. Dans ce chef d’œuvre, la jonction entre typographie et aquatintes se fait d’abord par une trouvaille : la présence de bois gravés qui arriment la typographie dans l’espace de la double page. Avec l’énergie du bois comme de la pierre.

– Jean-Pascal Léger

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> Le 25 novembre à Aix-en-Provence, dans le cadre de Pour Fêter la poésie, événement organisé par la Fondation Saint-John Perse et les Écritures Croisées, une table ronde en hommage à André du Bouchet, rassemblera Anne de Staël, Daniel Dobbels, Jean-Pascal Léger et Alain Paire.

> Exposition Tal Coat – La liberté farouche de peindre au Musée Granet du 18 novembre 2017 au 11 mars 2018.